Cédric Fauré : “Un attaquant qui prend le numéro 9 au Stade de Reims doit apprendre l’histoire du club”

Avec 92 buts en 214 matchs, Cédric Fauré est le buteur rémois le plus marquant de ces dernières années. (© Icon Sport)

 

Les années passent mais son nom résonne encore et toujours dans les têtes des supporters rémois. Cédric Fauré, c’est celui dont on n’oubliera jamais le nom. L’icône de toute une génération qui a marqué l’histoire du club, et contribué à remettre celui-ci sur le devant de la scène. Aujourd’hui retraité, il a accepté de m’accorder une interview où tous les sujets ont été abordés, de son passage à Reims à sa vie actuelle, tout en dressant le bilan de sa carrière. L’entretien complet avec cet homme attachant et ce joueur incroyable est ici, et est à lire sans modération.

 

I. Sa carrière et son passage chez les Rouge et Blanc

Après avoir débuté ta carrière en professionnel à Toulouse en novembre 2001, où tu es passé du National à la Ligue 1 en inscrivant plus de quarante buts, tu as connu des expériences à Guingamp, Istres et au Mans. Comment résumerais-tu cette première partie de ta carrière ?

Je la caractériserais de “découverte du monde professionnel” parce que quand je suis arrivé à Toulouse, j’étais amateur. Je suis passé en pleine lumière en l’espace de très peu de temps. J’étais amateur à Balma, je suis passé du National à la Ligue 1 en l’espace de deux saisons et demie. Et pour un joueur de 20 ans ça va vite, surtout quand on n’est pas préparé, surtout quand on n’est pas entouré… Donc voilà, c’était une partie de découverte. Ensuite, j’ai voulu rester à Toulouse mais on m’a fait comprendre qu’il fallait que je parte, donc je suis parti à Guingamp qui venait de descendre en Ligue 2, en prêt. Je pensais qu’on allait remonter, mais malheureusement ça ne s’est pas bien déroulé.
À l’époque, à Istres, il y avait Jean-Louis Gasset (ancien adjoint de Laurent Blanc au PSG et actuel entraîneur de Bordeaux, ndlr). Il m’a appelé, il voulait que je vienne donc je suis parti là-bas. Au bout de 6 mois, c’est lui-même qui m’a dit : “Écoute, on ne va pas remonter en Ligue 1 donc si tu as la possibilité de partir en Ligue 1, va en Ligue 1…”. Donc je suis parti au Mans, prêté six mois. Ça se passait très bien, mais le problème c’est que j’étais prêté et qu’il y avait beaucoup de joueurs, surtout offensivement, sous contrat. Donc je ne suis pas resté et c’est là que je suis arrivé à Reims. Mais sur ces premières saisons oui, c’était une découverte. Une découverte du monde professionnel surtout.

Tu nous parles d’un entourage qui n’a pas été forcément très présent quand tu es passé du statut amateur au statut professionnel. Qu’est-ce que tu entends par là ?

Si tu veux, quand je suis arrivé à Toulouse et que j’ai commencé à marquer des buts, j’ai fait confiance à deux jeunes agents. Et je pense que l’erreur que j’ai faite, c’est ça. J’aurais dû déjà me mettre avec quelqu’un qui avait l’expérience, qui avait l’expérience du monde professionnel. Je pense que si j’avais fait cette chose-là, peut-être que la suite de ma carrière ne se serait pas déroulée comme ça… Mais bon, voilà, je leur ai fait confiance et à l’arrivée j’ai été déçu. Ils ne m’ont pas amené là où j’espérais parce que, quand on est un jeune joueur, qu’on marque dix buts en Ligue 1, je ne pense pas que la meilleure solution soit de signer en Ligue 2. Il ne faut pas vivre avec des regrets, mais si j’avais une chose à refaire, ce serait surtout ça.

Tu verras, c’est une question que je te poserai en fin d’interview… Je me demandais si tu avais des regrets, donc tu auras l’occasion d’y revenir.
Après ce début de carrière, tu es en quête de stabilité et tu débarques au Stade de Reims à l’été 2006. À cette époque-là, quel a été le projet présenté par les dirigeants, et en quoi celui-ci t’a-t-il séduit ?

Le projet était de pérenniser le club en Ligue 2. J’avais déjà rencontré le président Caillot à Istres donc moi, avant d’arriver à Reims, j’ai appris l’histoire du club. C’était la première fois que je faisais ça parce qu’on m’avait dit : “Reims c’est un ancien club, tu vas voir”… Donc j’ai appris et j’ai lu l’histoire du Stade de Reims avec l’épopée avec Raymond Kopa, Just Fontaine, Carlos Bianchi, Delio Onnis, Santamaria, les grands attaquants qui sont passés là, les coupes d’Europe. J’ai appris l’histoire du club quoi ! Et je me suis dit : “C’est un ancien club, avec un passé glorieux”… C’était un honneur pour moi de signer dans ce club avec tous les noms qu’il y avait eu. Donc quand je signe à Reims, je me suis dit : “Voilà, c’est un club où je vais m’installer. J’en ai marre d’aller à gauche à droite, je vais rester dans ce club”. Je suis arrivé dans la ville, la ville m’a tout de suite plu. Je me souviens, la première fois que je suis arrivé à Reims, j’étais en voiture et on arrivait de Paris. Et quand on arrive de Paris, on arrive à surplomber un peu la ville de Reims, et là je me suis dit : “C’est quand même une grande ville, c’est beau, ça a l’air beau !”. Donc je vais me pérenniser dans ce club. Voilà comment ça s’est passé dans ma tête quand je suis arrivé à Reims.

Tous les efforts que tu as fait pour t’acclimater ont porté leurs fruits puisque tu inscris quinze buts dès ta première saison !

En fait, quand je suis arrivé à Reims, je me suis senti désiré. Le président Caillot me voulait à tout prix, l’entraîneur à l’époque Thierry Froger, quand je lui ai parlé, j’ai compris qu’il me faisait confiance à 200%. Et puis j’étais bien, j’étais bien dans cette ville, ça se passait bien donc il y avait tous les éléments réunis pour que je sois bien là-bas.

Oui, et sur le terrain aussi ça se passait bien ! D’ailleurs, pendant cette période, un nom t’est souvent aussi associé : celui de Julien Féret, avec qui tu as évolué pendant deux saisons. Que peux-tu nous dire sur le duo que tu formais avec lui ? Parce que, tous les deux, vous avez formé un duo qui a marqué les supporters, même si, paradoxalement, ce n’était pas la meilleure période et les meilleures saisons pour le club…

Non, mais c’est vrai qu’avec “Juju”… J’avais même pas besoin de lui parler : je faisais un appel, je savais que le ballon allait arriver. J’avais même pas besoin de le regarder ou quoi que ce soit parce que Julien, c’est d’ailleurs pour ça qu’après il a fait cette carrière, c’est un joueur qui voit le jeu avant de recevoir le ballon et ça pour un attaquant c’était merveilleux… C’est-à-dire qu’avant de recevoir le ballon, si je faisais l’appel je savais qu’il allait me voir et qu’il allait me donner le ballon parce qu’il avait déjà lu ce que je faisais. Il y a des fois où j’ai marqué des buts, j’avais plus qu’à pousser le ballon au fond des filets parce qu’il était altruiste ! Et puis, on s’entendait super bien sur le terrain comme en dehors donc c’est vrai que c’était l’une des meilleures association que j’ai eu quand j’ai joué au foot, de toute ma carrière, avec “Juju”.

Ah oui, carrément… Tu passes donc deux ans au Stade de Reims, et à l’issue de la saison 2007/2008, tu avais peut-être cette envie de regoûter à la Ligue 1 que tu avais déjà connue. Tu t’engages alors avec Le Havre, fraîchement promu. Malheureusement, ton aventure en Normandie tourne court…

J’avais envie… Oui et non. J’étais bien à Reims, on était en train de négocier à l’époque avec Olivier Létang et on ne s’est pas entendu sur pas grand chose. Il me restait un an de contrat, et il y a Le Havre qui m’appelle à ce moment-là. À l’époque, on change d’entraîneur, c’est Didier Tholot qui reprend l’équipe. Reims me dit : “Vu ton âge, si tu veux partir en Ligue 1 on ne te retiendra pas”. Donc ils sont tombés d’accord avec Le Havre. Quand je suis parti au Havre, j’étais content parce que je retrouvais la Ligue 1, mais au fond de moi j’étais quand même un peu déçu parce que j’aurais aimé rester à Reims. Après, il y a la Ligue 1 qui s’offre à moi à pratiquement 30 ans donc je me suis dit : “Pourquoi pas, pourquoi pas…”. À l’époque, Le Havre a fait le forcing pour me prendre, ils ont payé un transfert de je ne sais plus combien mais bon, c’était pas mal pour un joueur de 30 ans de Ligue 2. Donc je suis parti au Havre, mais en ayant dans un coin de ma tête qu’un jour je reviendrai à Reims, ça j’en étais sûr.

Mais tu n’étais peut-être pas sûr que ça se ferait six mois plus tard ! (rires)

Pas aussi vite, non ! Ça je ne savais pas non ! (rires)

Tu reviens donc à Reims à l’hiver 2008, alors que l’équipe est mal en point, classée 19ème et change encore d’entraîneur avec l’arrivée de Luis Fernandez. Comment s’orchestre ton retour ?

Quand Reims m’a appelé, il ne faut pas oublier que Metz et Strasbourg m’avaient appelé aussi. Donc j’étais en train de parler avec Metz, j’étais en train de parler avec Strasbourg et j’étais en train de parler avec Reims. Et le président Caillot… (il cherche) Ne m’a pas supplié mais me disait : “On veut que tu reviennes, on a besoin de toi, on a besoin de toi”. Et je n’avais pas encore donné mon accord, que lui l’avait déjà annoncé dans la presse ! Après, d’une chose une autre, j’ai pesé le pour et le contre… Reims, c’est un club qui m’avait relancé et je me suis dit : “Bon, je vais aller à Reims”. En plus, voilà, il n’y a pas de tabou, ils m’avaient fait une belle offre sur un contrat de trois ans et demi. Comme je l’avais dit quand je suis arrivé à Reims, je souhaitais la stabilité, là j’avais encore un nouveau contrat de trois ans et demi donc j’ai repris la stabilité et j’ai resigné à Reims.

En 2008, Fauré n’est resté que six mois en Normandie avant de revenir en Champagne. (© L’Équipe)

Suite à ton retour, les six mois sous les ordres de Luis Fernandez sont meilleurs sur le plan comptable mais n’empêchent pas le club de descendre en National. Dans les questions que j’avais préparé, j’avais prévu de te demander : “À ce moment-là, as-tu envisagé de partir vers un autre projet ?”
Mais d’après les échanges que l’on a pu avoir jusqu’à maintenant, j’imagine que ce n’était pas du tout le cas…

Non, voilà. Même avant que le club descende, dans ma tête quoiqu’il arrivait je restais à Reims. C’était sûr. À 100% sûr que je restais à Reims. Dans ma tête, quand je suis revenu déjà, quoiqu’il arrivait je restais à Reims.

Tu es donc resté pour cette nouvelle aventure en National, inscrivant vingt-cinq buts cette saison-là et terminant meilleur buteur du championnat.

(Il coupe). C’était 26 je crois, non ?! Je ne sais plus 25 ou 26… Mais on n’est pas à un but près hein ! (rires)

Écoute, je t’avoue que sur Internet c’était 25 donc je lui ai fait naïvement fait confiance…

Bon, c’est 25 alors, c’était 25. On va croire Internet, il a une meilleure mémoire que nous ! (rires)

Bon, 25 buts cette saison-là alors ! Est-ce que tu as des souvenirs particuliers de ce passage de ta carrière, qui t’ont marqué en particulier ? Qu’est-ce que tu retiens ? On sait que pour les clubs qui descendent, quel que soit le niveau, c’est toujours compliqué de remonter aussitôt…

Ce que je vais retenir déjà c’est que l’on était une bande de potes. Et je vais dire qu’il est peut-être plus facile de remonter de National à Ligue 2 que de Ligue 2 en Ligue 1 parce que, en National quand on est descendu, Reims avait le plus gros budget. On avait une équipe assez compétitive et je pense que ça, ça a fait la différence aussi. On a eu peut-être du mal sur les premiers matchs, on a perdu les deux premiers je crois, quelque chose comme ça. On a mal démarré mais moi j’étais confiant, je savais qu’on allait remonter parce qu’on avait l’équipe pour. Et puis, bon, comme on dit et ça se voit encore aujourd’hui, quand financièrement tu es costaud tu arrives à tes fins. Quand tu as le plus gros budget…
Et moi ce qui me choquait le plus, ce n’était pas forcément l’écart avec les autres équipes, c’est que quand on arrivait à domicile, on voyait les autres équipes qui prenaient la photo des voitures dans le parking, qui se prenaient en photo dans le stade, etc… Et à chaque fois qu’il se passait ça, j’étais sûr que le match on allait le plier parce que les gars, ils arrivaient au match… Ok, tu n’as pas l’habitude de jouer là, tu n’as pas l’habitude de ça, c’était peut-être un “autre monde”. Mais demain si je vais jouer au Real Madrid je ne vais pas prendre de photos avant le match ! Je vais peut-être prendre des photos après le match, mais pas avant le match parce que ça ne te met pas dans ton match ! La première fois que j’ai joué au Parc des Princes ou au Vélodrome, je n’ai pas pris de photos avant le match.

Tu étais déjà focus sur le match toi !

Voilà, c’est ça ! Je peux prendre des photos après le match, s’il y a des joueurs que je voyais à la télé deux ans auparavant, mais avant le match je ne prenais pas de photo non…
Donc à chaque fois qu’il se passait ça, moi j’étais avec Brahim Thiam, je lui disais : “Je sais qu’aujourd’hui, on va leur en mettre 3/4 !. Parce que les gars se prenaient en photo sur le terrain. Et ça, on en parlait avant les matchs, on les regardait. Nous, ça nous faisait rire parce qu’on avait l’habitude mais après voilà… C’est sûr que quand tu arrives d’un petit club de National, que tu arrives dans un club comme ça, que l’année d’avant tu jouais en CFA (National 2 aujourd’hui, ndlr) et que tu arrives en National pour jouer un club comme Reims, le stade est magnifique. Donc c’est sûr que tu prends les photos avant le match et après le match, mais on savait très bien que ça nous facilitait la tâche.

Vous remontez donc immédiatement en Ligue 2, avant d’obtenir un maintien assez tranquille la saison suivante. Après, c’est une saison 2011/2012 historique qui va débuter avec une montée à la clé. Mickaël Tacalfred a dit dans son interview sur le blog : « C’est une saison où je pense que personne ne s’attendait à nous voir monter. Même nous ! ». Tu confirmes ?

Ah oui, parce que même en début de saison les journalistes nous posaient des questions et nous disaient : “Oui, les meilleurs joueurs sont partis, ça va être compliqué, etc…” Et moi je leur avais répondu : “Donc en fait les joueurs qui sont ici, ils sont nuls, on sert à rien”. Et je leur avais dit : “C’est peut-être cette année où tout le monde nous voit descendre qu’on va créer la surprise et faire une saison historique”. Et c’est vrai que personne ne donnait cher de notre peau en Ligue 2. On nous voyait plus descendre que monter cette année-là.

Descendre, je ne sais pas, mais disons que personne n’aurait misé sur ça…

(Il insiste). Ah si si ! Dans les statistiques, on était parmi les descendants ! Parce qu’on avait perdu des bons joueurs, donc les gens nous voyaient galérer cette année-là.

Pourtant ce n’est pas du tout ce qu’il s’est passé, et cette saison est devenue incroyable tant pour le club que pour vous. Je sais qu’on t’en parle à chaque fois, mais je suis désolé je n’ai pas le choix, c’est ce but inoubliable contre Troyes… Promis on n’y passe pas longtemps, mais il faut absolument que tu nous racontes ce moment-là !

(Il se marre). Déjà, le match contre Troyes c’était un calvaire… C’était un calvaire parce que quand j’allais au premier (poteau), le ballon allait au deuxième, quand j’allais au deuxième, le ballon allait au premier. Je crois que dans le match je n’ai pas touché beaucoup de ballons. Mais je savais au fond de moi qu’il y allait en avoir une. Juste une. Sur ce match-là, j’étais persuadé qu’il y allait en avoir une. Et là, à la fin, Odaïr (Fortes) ne la met pas au premier, pas au deuxième il la met au milieu, j’arrive à me démarquer et le ballon me vient parfaitement. Et là c’est l’instinct, c’est instinctif, je tente ce geste-là… Voilà, le but en lui-même est joli.
Après ce qui le rend “historique” c’est que ça nous permet de basculer vraiment dans la course pour la montée, c’est un derby, c’est à la 93ème… Donc le but est joli, c’est vrai, mais l’ensemble de l’action, le moment, le tout et puis l’explosion, l’explosion des supporters… Jamais dans ma vie, dans ma carrière, j’ai ressenti une exposition telle. On a pris une claque sur le terrain ! En plus, moi c’était le premier match de mon fils qui venait me voir au stade, donc à la fin j’avais les larmes aux yeux parce que mon fils était là. C’est un tout, c’est tout, c’est vraiment tout qui fait que ce moment-là est devenu exceptionnel. Exceptionnel c’est même pas assez fort.

Oui, c’était vraiment irréel que ça se passe comme ça, de cette manière-là, à ce moment-là !

Je pense que ce but dans cinquante ans, enfin peut-être pas dans cinquante ans, mais dans trente ans, les gens en parleront encore parce que c’est un but historique. Historique parce que voilà, ça ne nous a pas propulsé en Ligue 1, mais dans le bon chemin pour arriver à monter.

Le but contre Troyes aura marqué l’histoire récente du Stade de Reims. (© Foot National)

Tu viens de dire que ce but était historique, mais je vais te poser une autre question. Qu’est-ce qui est le plus historique : toi qui marque ce retourné, ou le centre d’Odaïr Fortes absolument parfait ?

C’est l’action qui est historique ! Juste avant, si je me souviens bien, Troyes est en attaque et il y a Antho Weber qui récupère le ballon. Après c’est Quentin Pereira, qu’il ne faut pas oublier dans l’action, qui avance et la touche une fois avec Odaïr, qui après me met un super ballon. Donc dans le but, il n’y a pas que Cédric Fauré. Il y a Antho au départ, Quentin, Odaïr et il y a moi à la fin. C’est vrai qu’on retient souvent celui qui finit mais c’est l’action en elle-même. Le ballon part de notre camp, c’est tout ça qui fait que cette action restera historique. Le but restera historique parce qu’en fait c’est un conte de fée ce but. C’est une histoire à lui tout seul !

Ce but est souvent le symbole de cette saison, mais si tu devais retenir une autre chose de cette saison incroyable, ce serait quoi ?

Une bande de potes. (Il répète). Une bande de potes. Je ne sais pas si quelqu’un en a déjà parlé, mais après chaque victoire à l’extérieur, nous les joueurs on allait boire un verre. Et l’entraîneur, c’est là où il était très bon, c’est que Hubert (Fournier), quand on gagnait un match, il nous disait : “Les gars, je veux personne avant 1h du matin dans l’hôtel !”. Il nous a responsabilisés. Il débutait sa carrière d’entraîneur, c’est-à-dire que peut-être que tactiquement, techniquement il y avait des trucs qui n’étaient pas parfaits, mais dans la gestion humaine ça a été l’un des meilleurs que j’ai eu. Il nous laissait libres, il nous responsabilisait et c’est pour ça qu’il y a des moments où, quand ça n’allait pas, on a su se reprendre en main tout seul parce qu’il nous avait donné ce truc-là, de nous responsabiliser et de nous dire : “Les gars, moi je suis coach, je vous entraîne mais le rêve c’est vous qui le gérez, c’est pas moi”.
Et pourtant j’ai eu avec Hubert des moments difficiles… Avant cette saison-là, et après quand ils ne m’ont pas gardé. Mais c’est un coach que je respecte sur sa façon de nous avoir gérés. La montée, c’est grâce à ça aussi. C’est là-dessus qu’on a gagné. Déjà en stage ! C’est l’un des plus beaux stages et l’un des plus mémorables que j’ai vécu. Pas par rapport au travail, mais l’extra, tous les trucs autour du stage. Je me suis dit : “Cette année il y a quelque chose, il y a un groupe qui s’est créé, il y a une bande de potes”. C’est là qu’on a créé quelque chose.

Qu’est-ce qu’il avait de si spécial ce stage-là ? Parce que tu en avais déjà vécu pas mal avant !

On a bossé, à la fin du stage on a fait une soirée comme à chaque fin de stage. On a vraiment bien rigolé, on était tous réunis, on a tous bu un verre dans le même endroit alors que d’habitude, il y a souvent un groupe qui part là, et autre qui part là. Mais là on était tous, les 25/30 joueurs, on était tous dans le même endroit. C’était un petit bar dans un petit village, je ne sais même plus comment il s’appelait… Enfin, en Bretagne là-bas, il y avait un petit bar, on est rentrés et les gens se sont dit “Wow, on va faire un chiffre d’affaire ce soir !”. Et puis il n’y en a pas un qui a lâché le bateau, c’est-à-dire qu’on est tous rentrés et on est tous repartis en même temps. Et après, on a fini dans une boîte en face de l’hôtel. C’est pareil, il n’y avait pas grand monde mais on est tous rentrés en même temps. À une heure près, on est tous rentrés en même temps.

Tu termines donc meilleur buteur du championnat lors de cette saison 2011/2012 avec quinze réalisations grâce à un dernier penalty contre Lens. Pourtant, ton histoire s’achève avec le club… Comment s’est passé ton départ ?

Il faut dire que… Ça ne s’est pas très bien passé hein. Parce que moi, je voulais un an plus un an en option en cas de maintien, mais je savais déjà que le club était entré en contact avec Nicolas Fauvergue. Je l’ai su parce que Vincent Gragnic me l’a dit, comme il était à Sedan. J’étais très proche de lui, et il m’avait dit que Nicolas lui avait dit que Reims était déjà entré en contact avec lui. Donc je savais que ça allait être compliqué que je reste à Reims. Mais c’est pas pour autant que j’ai lâché parce que je l’ai su, je crois, peu de temps avant le match de Monaco.

Et après, tu as quand même eu des discussions avec les dirigeants ? Comment ça s’est passé ?

Bien sûr. C’est pour ça que je dis qu’après avec Hubert Fournier ça ne s’est pas bien passé. Enfin, on n’a pas eu des mots mais quand je l’ai vu dans les bureaux et qu’il m’a dit : “Moi je veux te garder”… Quand un entraîneur veut garder un joueur, je pense qu’il fait le forcing auprès de la direction pour le garder.

Tu es quand même parvenu à rebondir en signant à Guingamp, où tu es resté un an et demi !

Je suis parti à Guingamp, pourquoi ? Parce que, premièrement, je connaissais le club. Deuxièmement, Jocelyn Gourvennec m’avait appelé et me voulait à tout prix. Troisièmement, j’étais sûr à 200% que Guingamp allait remonter. Je ne sais pas pourquoi mais j’étais sûr à 200%. Et j’ai même pas beaucoup joué parce que Mustapha Yatabaré a marché sur l’eau cette saison-là, il a mis 23 buts et c’est tout à fait normal que j’aie mon rôle de remplaçant et que j’aide le club dans mon rôle de remplaçant.

Après, tu as quand même inscrit quatre buts dans cette saison-là…

(Il coupe.) Oui mais quatre ça fait mal quand même ! (rires)

C’est sûr, mais au moins ce n’était pas une saison blanche…

Oui, et j’avais un autre rôle. J’avais un rôle d’ancien, j’avais un rôle de “conseiller” et je ne trichais pas. Demain, tu peux appeler Jocelyn Gourvennec, tu lui demandes mon comportement, je pense qu’il ne va pas me descendre, il va plutôt me faire des éloges…
Je n’ai pas beaucoup joué en Ligue 1, je crois que je n’ai fait qu’un match. Mais le match que j’ai fait c’est super bien passé ! Donc voilà, à partir du moment où je savais que j’avais un concurrent avec moi, enfin un partenaire qui marquait but sur but, je n’allais pas foutre le bordel parce que je voulais jouer. L’intérêt du club passe avant moi, et puis collectivement si on arrivait à monter, j’étais gagnant individuellement aussi.

C’est sûr ! Et puis de toute façon je te rassure, je n’ai pas le numéro de Jocelyn Gourvennec donc je ne pourrais pas l’appeler pour vérifier ! (rires)
Donc après cette pige, tu rejoins la Belgique et plus particulièrement Charleroi. Après cinq saisons passées dans le « plat-pays », que retiens-tu de ton aventure belge ?

Déjà, il y en a une qui était contente c’était ma femme parce qu’elle a toute sa famille en Belgique ! Et la petite anecdote c’est que le 30 janvier, elle me dit : “Ça serait bien que tu ailles jouer en Belgique !”. Je lui dit : “Écoute, je pense qu’on part pour six mois de plus en Bretagne parce que je n’ai pas fait un match, et je ne vois pas qui va venir me chercher à 34 ans”. Et le 31 à 9h du matin, il y a un agent qui m’appelle et qui me dit : “Charleroi qui te veut, est-ce que ça t’intéresse ?”. Donc là j’ai pris ma voiture, je suis parti direct quoi ! Je suis parti là-bas, ça c’est super bien passé avec le club. On a maintenu le club en Première Division parce qu’ils n’étaient pas très bien partis. Et la seconde année, on a atteint les Play-offs 1 (une première dans l’histoire du club, ndlr). Et ensuite, ça c’est bien aussi, on a réussi à emmener le club en tour préliminaire de la Ligue Europa. Donc voilà, ça s’est très très bien passé. Là aussi je devais rester, mais à cause de mon âge, ça ne s’est pas fait.
Donc j’ai signé à Saint-Gilles, ça c’est très bien passé. J’ai mis 12 buts en 15 ou 16 matchs, et là il y a l’Antwerp qui est venu me chercher. Là aussi c’est un petit regret d’être parti là-bas. J’aurais dû rester à Saint-Gilles, j’étais bien là-bas et j’ai fait l’erreur, vraiment l’erreur, de partir à l’Antwerp. Mais bon, je suis parti là-bas parce qu’en tant que fan de Liverpool, les supporters m’ont conquis alors que j’étais dans l’équipe adverse. C’est rare de dire ça, hein ? Mais j’étais sous le charme et j’avais toujours dit : “Si un jour dans ma vie, dans ma carrière, je peux jouer dans un club qui chante le “You’ll Never Walk Alone”, ce sera avec plaisir”. Anvers m’a appelé, en plus ils étaient premier donc voilà, je pensais faire le bon choix mais sportivement ce n’était peut-être pas la meilleure solution. Mais après, au niveau humain et d’avoir connu ce club-là c’est vraiment merveilleux.

En fin de carrière, l’ancien rémois est allé vivre une dernière expérience en Belgique. (© Photonews)

Pour finir sur ta carrière, quelles différences y a-t-il entre ce championnat et les différents championnats français dans lesquels tu as pu évoluer (Ligue 1, Ligue 2, National) ?

Il y en a quelques unes. Déjà, au niveau Ligue 1, la France est un ton au-dessus de la Belgique. Rien qu’en Belgique déjà, il y a quelques équipes qui sont pas mal comme Anderlecht, même si aujourd’hui ils ont un peu de mal, Bruges, le Standard Gant, Genk. Ce sont des équipes qui peuvent évoluer en Ligue 1 et être dans les dix premiers. Après, il y a des équipes un peu plus faibles qui peuvent jouer le maintien ou le haut de tableau de la Ligue 2. Des équipes comme Mouscron, Waasland-Beveren, Saint-Tront, ce sont des équipes qui feraient un peu des allers/retours entre Ligue 2 et Ligue 1. Ils sont bons, ils ont un bon potentiel pour la Ligue 2 mais ils ont un potentiel un peu plus faible pour la Ligue 1. Panier haut de Ligue 2 et panier bas de Ligue 1.
Et la Ligue 2 en Belgique est beaucoup plus faible que la Ligue 2 en France. Après, le National c’est pareil, même si j’ai pas évolué en National Belgique, c’est quand même beaucoup plus fort en France.

 

II. Le bilan de sa carrière

Pour commencer cette partie, j’aimerais bien que ce soit toi qui dresse le premier bilan de ta carrière.

Je suis très content de ma carrière. Là où je vois que je n’ai jamais triché, c’est que quand je retourne dans au club où j’ai évolué, les supporters sont contents de me voir, les supporters m’apprécient. Donc ça, pour moi, c’est quand même une grande fierté. Au-delà des stats, au-delà des buts, on m’a toujours dit que je n’ai jamais triché donc ça, ça veut dire que j’ai toujours respecté le maillot que j’ai porté.
Ensuite, je suis content d’avoir fait pratiquement dix-sept ans parce que j’ai des amis, à l’âge de 28/30 ans, qui ont été obligés d’arrêter leur carrière plus tôt parce qu’ils n’avaient plus de clubs. Donc moi je suis content et je suis très heureux d’avoir fait ces dix-sept années de joueur de foot.

Tu es globalement satisfait de ta carrière, mais si tu avais le pouvoir de changer une seule chose, qu’est-ce que tu modifierais ?

Je pense qu’au début, je me serais entouré beaucoup mieux. Beaucoup mieux qu’avec les deux agents que j’avais.

Ce serait la seule chose que tu changerais ?

Oui, et c’est ce qu’aujourd’hui je conseille aux jeunes. De bien s’entourer, de faire attention parce qu’un mauvais conseil peut… (Il réfléchit.) Pas détruire une carrière mais mal l’orienter, et c’est ce que j’ai eu. Quand j’ai des personnes, des anciens de Reims comme Monsieur Colonna, qui me disent : “Écoute, quand on te voyait jouer à Toulouse on pensait que tu allais être le nouvel attaquant de l’équipe de France”, ça fait vraiment plaisir et ça fait aussi chier parce que tu te dis que si eux te disent ça, ça veut dire que t’as raté quelque chose quand même…

Par contre, Dominique Colonna ne t’avait pas surnommé le “Van Nistelrooy toulousain” ! Mais au final n’est-ce pas Van Nistelrooy qui serait un “Fauré néerlandais” ?

(Il rigole.) Non, parce qu’il était plus connu que moi à l’époque ! Mais c’est Téléfoot qui m’avait surnommé le “Van Nistelrooy de la Ligue 2”. J’étais content parce que c’était un joueur que j’adorais. Voilà, on n’était peut-être pas beaux techniquement mais on ne lâchait rien et on se battait. Tout ce qui était passements de jambes, petits ponts, roulettes et tout, ce n’était pas pour nous… Nous le plus important c’était dans les seize mètres et que les filets tremblent !

En fait, je viens de me rendre compte que ça fait presque dix ans que tu as quitté le Stade de Reims donc forcément il y a eu du changement, mais pourtant s’il y a bien une chose qui n’a pas changé, c’est qu’aucun numéro 9 n’a vraiment réussi à te faire oublier…

J’ai dit qu’il fallait arrêter de mettre numéro 9, que les attaquants ne prennent pas le numéro 9 ! Le numéro 9 il faut qu’ils arrêtent de le prendre, il ne porte pas chance ! (rires)

Si tu avais eu le 38, le 54 ou un truc comme ça, ça aurait été faisable mais là le 9 c’est très très gros quand même !

C’est ironique ce que je dis mais… Là ce que je vais dire c’est vrai. Moi quand j’ai pris le numéro 9, je me suis dit : “Mentalement il ne faut pas que tu craques, parce que celui-là il a été porté par des très très très grands”. Je pense qu’aujourd’hui, un attaquant qui prend le numéro 9 au Stade de Reims, doit apprendre l’histoire du club et doit savoir qui a porté ce numéro. Parce que ce n’est pas un numéro comme tous les autres. Il faut respecter le numéro. Il ne faut pas le prendre parce que “je suis l’attaquant et j’aime bien avoir le numéro 9”. Ce numéro-là, moi c’est ce que je me suis dit, ce numéro-là il faut l’honorer et il faut le respecter. Et si tu fais ça, c’est peut-être con ce que je vais dire, mais il te le rendra. Voilà. Parce que ce numéro 9, il a une histoire à Reims, on ne peut pas le nier. Avec les gens qui l’ont porté, et je ne parle même pas de moi hein, je parle dans le passé avec les gens qui ont porté ce numéro. Ce numéro il faut le respecter, il faut le chérir, il faut en être fier. Et à partir de là, il te le rendra. Moi c’est ce que je me suis dit et je pense que, peut-être, c’est ce qu’il s’est passé.

(Silence.)

C’est dommage ça aurait fait une belle conclusion…

Ah mais ça tu pourras le mettre en conclusion ! (rires)

Franchement, on aurait pu terminer sur ça… Mais j’ai encore quelques questions à te poser !

Tu pourras le mettre en conclusion !

Avant la conclusion, j’aurais aimé connaître le top 3 des joueurs avec lesquels tu avais évolué dans ta carrière ?

Alors, je dirais : Julien Féret, Gianelli Imbula, Neeskens Kebano. Je te fais même un Top 5 avec Kossi Agassa et Christophe Mandanne, parce que c’est vraiment mon pote, c’est le parrain de mon fils.

Juju pour moi… Enfin, avec Julien (Féret) ça s’est super bien passé. J’aurais pu en citer d’autres certes, mais avec Julien on a fait deux saisons extraordinaires tous les deux. Si moi j’ai fait mes deux saisons, c’est grâce à lui. Et puis après, la carrière qu’il a fait, voilà… Pour les supporters du Stade de Reims, je pense que je n’ai pas besoin de décrire pourquoi j’ai mis Julien.
Kossi (Agassa), c’est parce qu’encore aujourd’hui c’est un pote. Dans le foot c’est rare d’avoir des potes après la carrière. Et parce que c’est un super gardien !
Gianelli Imbula, pour moi c’est un grand espoir. Après, je pense qu’aujourd’hui il s’est un peu perdu mais c’était un super joueur. À Guingamp, c’est lui qui faisait la pluie et le beau temps sur un match. S’il avait décidé qu’on gagne le match, on le gagnait. Des fois, il sortait l’équipe d’une situation difficile et d’un match compliqué grâce à son talent.
Neekens Kebano, c’est un super joueur qui n’a jamais été reconnu en France. En Belgique il s’est éclaté et là, il est à Fulham. Pour moi, c’est un super joueur, il fait partie des joueurs avec qui j’ai joué qui m’ont impressionné.
Et Christophe Mandanne là-aussi c’est un très bon joueur mais au-delà de tout ça, c’est un très bon ami. Donc là c’est le côté affectif, le côté amitié qu’on a tous les deux plutôt que le foot. C’est le parrain de mon second fils, donc ça veut dire ce que ça veut dire quoi…

J’avais consulté plusieurs interviews de toi avant de réaliser celle-ci, et j’ai remarqué que tu avais pour habitude de dire qu’un attaquant ne pouvait pas briller sans ses coéquipiers. Si tu avais le choix entre ces deux trios rémois pour t’accompagner, lequel choisirais-tu : “Didot/Kermorgant/Féret” ou “Tainmont/Ghilas/Fortes” ?

”Tainmont/Ghilas/Fortes”. J’ai terminé meilleur buteur de Ligue 2 avec eux ! C’est l’une des meilleures saisons que j’ai fait à Reims avec la montée et tout, c’est surtout pour ça. Après avec Sylvain (Didot) et Yann (Kermorgant), Yann était plus un attaquant. Et je vais te dire, bon, en toute honnêteté, j’ai plus de sympathie pour Clément, Kamel et Odaïr que pour Yann… (il se marre).

Ok, de toute façon ça me va comme une réponse hein, il n’y a pas de problème ! (rires)

Sinon on peut mettre “Tainmont/Féret/Fortes” !

Bon alors attends, on refait le trio et je le note ! Et après les joueurs, si tu devais ne retenir qu’un seul entraîneur ?

(Il réfléchit).

Ou deux, allez…

Erik Mombaerts, le coach qui m’a lancé et Felice Mazzú, le coach qui m’a relancé.
Erick Mombaerts c’est celui qui m’a tout appris du milieu professionnel. Il m’a donné des détails sur des phases de jeu. Quand j’ai signé à Toulouse, j’étais brut de coffre quoi ! Et Erick Mombaerts, comme c’est un formateur, il m’a appris des choses sur des prises de balles, sur des positionnements, sur des contrôles de balle, des trucs comme ça qui font la différence entre un joueur amateur et un joueur professionnel. Il m’a un peu « taillé » pour le monde professionnel. Après, au fur et à mesure, j’ai appris aussi tout seul.
Et Felice Mazzú c’était un père. Je l’ai encore au téléphone ! Lui, c’est vraiment l’entraîneur que moi j’aimerais être un jour : proche de mes joueurs mais aussi assidu au travail, qui ne lâche rien. Aujourd’hui, pour moi, c’est l’entraîneur « moderne ». En France, il y a Christophe Galthier qui doit être comme ça, très dur au travail mais proche de ses joueurs. C’est pour ça qu’il a des résultats. Tu sais, moi je pars du principe qu’un entraîneur qui veut que son groupe avance, il faut qu’il comprenne, qu’il aille dans le sens de son groupe et qu’il soit très proche de ses joueurs. Qu’il ne voie pas que le joueur de foot, qu’il voie l’être humain, le père de famille. Parce que si tu ne vois que le joueur de foot quand tu es entraîneur, tu n’avanceras pas. Parce que le joueur de foot, certes, c’est son métier. Mais la principale chose qu’il soit, c’est un homme, un père de famille. Des fois, il a peut-être mal dormi la nuit parce qu’il vient d’avoir un bébé, ou que ça ne va pas dans son couple, ou que les enfants ont été malades, etc… Enfin voilà, il y a plein de choses qui font qu’il vaut mieux regarder l’être humain avant le joueur de foot. Et Felice Mazzú est comme ça.

“Jonquet, Kopa, Fontaine, Fauré” : quatre légendes rémoises réunies dans un superbe tifo des Ultrem. (© France Bleu Champagne)

Mais finalement cette interview elle a beaucoup tourné autour de ça, autour de cette notion de collectif et du côté humain. Pourtant, on a l’impression qu’aujourd’hui les attaquants sont de plus en plus dans une course aux statistiques. Toi qu’est-ce que tu penses de tout ça, de cet égoïsme qui semble être de plus en plus présent dans le monde du foot ?

Déjà, le foot c’est le sport collectif le plus individuel. Deuxièmement, les attaquants, on les retient aux stats. Mais pour avoir des stats, il faut donner aux autres. Si tu ne donnes pas aux autres, eux ne te donneront pas. Je pense que, certes, les stats pour un attaquant c’est quelque chose d’important mais le collectif reste indéniable. Si tu es mal vu, ils ne te le rendront pas… L’image, la preuve que je peux donner que j’étais apprécié, c’est quand il y a eu le penalty contre Lens. Ils ont tous pris le ballon, ils sont tous venus me l’apporter. Donc ça veut dire quand même que j’étais apprécié et qu’ils voulaient que ce soit moi qui termine meilleur buteur.

C’est sûr… Et aujourd’hui, quel regard portes-tu sur le Stade de Reims actuel ?

Je pense déjà qu’il y a un monde de différences entre notre époque et l’époque aujourd’hui. Rien qu’avec le centre de formation, c’est autre chose. Je ne dis pas que la qualité des joueurs est beaucoup plus élevée qu’avant, mais si on fait un rapport avec certains joueurs qui sont passés à Reims, si on leur avait donné et si on nous avait donné le matériel qu’ils ont aujourd’hui, je pense qu’on aurait beaucoup évolué aussi. Et Julien Féret dans ses grandes heures en pleine forme n’aurait pas aujourd’hui à rougir de jouer là. Je pense que moi non plus, en toute honnêteté. Plus il y a des joueurs bons au milieu avec nous, plus on évolue et plus on se bonifie. Donc voilà, il y a un bon groupe, il y a un bon centre de formation et je pense qu’il faut qu’ils (les dirigeants et le club) continuent à grandir, qu’ils mettent pierre après pierre et puis ils arriveront à faire quelque chose de bien.

Pour terminer sur le bilan de ta carrière, j’avais une dernière question qui sortait un peu du cadre footballistique. Je sais que tu es très croyant. Est-ce que la religion a eu un rôle sur ton parcours en tant que footballeur ?

Non, non. Enfin, je crois en Marie parce que je ne suis pas loin de Lourdes, j’ai grandi pas loin de Lourdes. Et j’avais une petite carte de mon arrière grand-mère donc je faisais une prière, je récitais le “Notre Père” et un bisou sur la médaille et la carte de mon arrière grand-mère qui était décédée. Je rentrais sur le terrain du pied droit et je faisais le signe de la croix. Après, je n’en suis pas à mettre un maillot comme les Brésiliens ou quoi que ce soit mais c’était mon petit rituel, une chose que j’avais besoin de faire.

 

III. Son après-carrière

Aujourd’hui, que devient Cédric Fauré ?

Aujourd’hui, je passe mon diplôme d’entraîneur (le B.E.F, ndlr). J’entraîne une équipe qui s’appelle Tournefeuille, qui joue en Régionale 1 dans la région de Toulouse. Et aussi, on en parlait tout à l’heure, j’essaie d’aider des joueurs qui sont sans club ou des jeunes joueurs qui veulent trouver un club pour leur carrière. Il y a des agents qui m’appellent pour les aider à trouver le numéro d’un joueur, ou à appeler un joueur que je connais parce qu’il y a des clubs qui sont intéressés. Donc je suis toujours dans le milieu du football.

Et alors, comment se sont passés tes premiers pas en tant qu’entraîneur principal ?

Ce n’est pas évident, parce que quand on ne connait pas le métier… On arrive, on découvre tout ça. Mais la chance que j’ai c’est que j’ai un adjoint qui est un peu plus âgé que moi, qui connait le métier, qui connait la région. Il m’aide beaucoup. Et le club me suit, ils me font confiance. On a eu 25 départs dû au départ de l’ancien coach donc on a tout reconstruit donc ce n’est pas évident. En plus, avec la Covid, je ne sais même pas si on va finir la saison… Mais quoiqu’il arrive c’est une expérience enrichissante et j’espère que c’est de bon augure pour la suite. Le groupe m’apprécie, les joueurs aiment bien comment je travaille. Donc voilà, j’espère que c’est en bonne voie.

Tu l’as dit, pendant cette crise sanitaire tout est un peu en stand-by au niveau des terrains donc je voulais aller avec toi sur un autre terrain : celui de la cuisine. Ta spécialité c’est le tiramisu, mais tu as peut-être pu profiter de cette période pour peaufiner tes talents derrière les fourneaux ?

Oui, j’ai fait des gâteaux et quelques plats ! C’est vrai que j’aime bien, de temps en temps, cuisiner. Je ne ferai pas “Top Chef” mais je fais le plaisir dans ma petite famille !

Écoute, c’est déjà ça et c’est tout ce qui compte ! Avant d’être joueur, tu rêvais d’être pâtissier ou vendeur de voitures. Mais en étant joueur, de quelle après-carrière rêvais-tu ?

Après ma carrière, c’était toujours d’être dans le milieu du foot. Ce que j’aurais aimé dans un premier temps, bon, j’ai fait des demandes mais pour l’instant ce n’était pas dans les choix ou on m’a dit non, c’était de prendre les attaquants d’un club de la préformation jusqu’aux professionnels et de faire du spécifique avec les attaquants. Donner ce que j’ai reçu et apprendre aux jeunes.

Justement, tu avais proposé tes services au Stade de Reims il y a quelques saisons. Quels ont été les raisons du refus de la part du club ? Qu’est-ce qu’ils t’ont dit concrètement ?

Qu’ils n’avaient pas besoin.

Juste ça ?

Oui, mais je comprends… Ça se passait bien donc le fait que j’intègre le staff ça pouvait peut-être créer des tensions. Ou s’il y avait des mauvais résultats, créer de l’animosité. Donc je ne voulais pas non plus rentrer dans tout ça.

En parallèle, il me semble que tu as eu pour projet de créer une société (Servip) pour gérer la carrière des joueurs, notamment par rapport à un changement d’environnement à la suite d’un transfert. Qu’en est-il aujourd’hui ?

J’étais avec une personne, il a eu beaucoup beaucoup beaucoup de travail et aujourd’hui la chose est en stand-by. On attend et puis on verra mais bon, si ça ne se fait pas, ce n’est pas très très grave. Il y a d’autres projet en cours, notamment dans l’e-sport donc il y a des choses qui restent toujours sur le feu, comme on dit dans la cuisine !

Tu as aussi été consultant en Belgique avant de finalement revenir sur les terrains en tant que coach. Est-ce que tu t’es rendu compte que ce n’était pas la voie dans laquelle tu souhaitais aller ?

Non, les médias c’est sympa ! Commenter les matchs, faire des analyses de matchs c’est quelque chose de sympa. J’appréciais ! Mais le terrain ça manque… Quand on a passé un peu moins de la moitié de sa vie, parce que j’ai fait dix-sept ans et que j’en ai quarante-deux bientôt, sur les terrains, ça manque. L’adrénaline de la compétition, tout ça… Mais si demain je dois recommencer les analyses de matchs, commenter les matchs ou faire de la radio comme j’ai fait, ce sera avec plaisir.

Aujourd’hui, un retour en Champagne est-il envisageable pour toi ?

Le club a mon numéro, hein ! (rires)

Sinon, je peux leur donner maintenant !

Après, il faut prendre son temps, chaque chose en son temps… Si demain le club a besoin de moi, qu’il m’appelle, ce sera avec plaisir. Ça, je ne peux pas le nier !

Si tu avais un message à faire passer aux supporters rémois et aux suiveurs du blog, qu’aimerais-tu leur dire ?

Déjà une bonne année ! Merci pour tous les petits messages que je reçois, parce que je reçois des messages encore. Merci pour ce qu’ils m’ont donné. J’espère qu’un jour on se reverra à Delaune, soit dans les tribunes, soit au bord du terrain. On verra bien, l’avenir nous le dira. Mais je suis très content d’avoir porté les couleurs du Stade de Reims et très fier de les avoir rendu joyeux, heureux. Et même certains de les avoir fait pleurer quand j’ai marqué mon but donc ça, pour moi, c’est une fierté.

2 réflexions sur “Cédric Fauré : “Un attaquant qui prend le numéro 9 au Stade de Reims doit apprendre l’histoire du club”

  1. Bravo et Merci pour cet interview, j’ai 75 ans et j’ai connu depuis les années 1947 toutes les générations qui ont suivies, et en particulier celles ou vous êtes pas illustré au sein de mon équipe de cœur, le Stade de Reims.
    Je réside aujourd’hui dans le Sud Ouest, et je suis sans exception tous les matches de Reims, avec toujours le même plaisir, même si les temps ont changés et la qualité du jeu en particulier.
    Bravo et Merci de ce que vous avez apporté à cette équipe et à sa ville.

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