Anthony Weber : “On a les dents longues”

Au club depuis 2010, Anthony Weber fait désormais partie des cadres de cette équipe rémoise. (© Vincent Lapauw)

 

Arrivé en Champagne à l’aube de la saison 2010-2011, le néo-capitaine rémois s’est confié sur ses années rémoises et sur cette haletante saison au sein d’un entretien exclusif, réalisé juste avant la réception du RC Lens. Avec sincérité et un profond amour pour son club, Anthony Weber m’a accordé plus d’une heure et demie d’échange, au cours duquel il a répondu à toutes mes questions dans le but de constituer cette interview pour vous, supporters.

 

I. Son passage au Stade de Reims

Bonjour Anthony, tout d’abord je tenais à te remercier pour le temps que tu m’as accordé afin de réaliser cette interview. C’est un réel plaisir d’avoir un entretien avec le capitaine du Stade de Reims.
Quand tu arrives au club à l’été 2010, est-ce que tu t’imaginais y être encore 7 ans plus tard, qui plus est avec le brassard de capitaine ?

A l’époque, je ne pensais pas du tout à ce genre de chose. Je sortais de ma formation à Strasbourg où ça ne s’était pas très bien passé, surtout sur la fin. Je n’ai pas réussi à franchir le cap, ou alors ils ne m’ont pas fait confiance et j’ai dû partir pour le National. Je t’avouerais qu’à ce moment-là, je me suis dit : « Je me laisse un ou deux ans pour essayer de réatteindre le monde pro.” Et puis si ça n’avait pas marché, je pense que je serais rentré à Strasbourg, j’aurais joué à un niveau CFA et j’aurais peut-être repris mes études ou un truc comme ça.

Après, j’ai eu l’occasion de rencontrer un coach qui m’a fait confiance au Paris FC, même deux, Jean-Marc Pilorget et Jean-Luc Vanucchi, qui sont venus me chercher à Strasbourg quand on ne me faisait pas confiance. J’avais fait 100 match en CFA, à un moment donné j’avais envie de voir autre chose et il fallait que j’aille voir à l’étage supérieur. Donc un petit crochet en National qui s’est bien passé et puis le Stade de Reims est venu me recruter. C’est vrai qu’à ce moment, je ne pensais pas du tout à ça. Capitaine, je l’ai été en CFA. Ça ne m’allait pas au départ, quand j’étais plus jeune. J’étais quelqu’un d’assez introverti, un peu timide. Et puis au fil des années, avec l’expérience et la confiance que m’a donné le club, ça m’a donné un peu plus de responsabilité et je l’ai pris avec grand plaisir. Aujourd’hui, je suis très fier de porter le brassard, qui plus est d’une équipe qui, je l’espère, va remonter en Ligue 1 donc ça peut être doublement bénéfique pour moi.

Est-ce que tu as quand même conscience que tu commences à faire partie des meubles du Stade de Reims ? Vous n’êtes plus beaucoup à être proche de la dizaine d’année passées au club !

En terme d’ancienneté, “Oda” (Odaïr Fortes, ndlr) et moi sommes les plus anciens. Après, le temps de passage dans un club dépend du style de joueur, de sa progression. Tu vois, Nico de Préville était là depuis 3/4 ans. La Ligue 2 ne l’intéressait pas et il avait le potentiel d’aller au dessus, comme certains autres l’auront au fil des années.
A un moment donné, le Stade de Reims ça reste un bon club de Ligue 1 mais si tu veux aller à l’échelon supérieur comme Krychowiak, si tu veux percer, si tu veux aller plus loin, t’es obligé de t’en aller et c’est tout à fait normal. C’est un peu le tremplin que doit être le Stade de Reims entre certains joueurs recrutés à moindre coût, qui ont du potentiel et qui permettent au club d’évoluer avant de le revendre derrière avec sa plus-value (comme ils l’ont fait avec de Préville), et la formation qui arrive derrière qui est bonne aussi, avec des jeunes qui émergent et qui vont dans quelques années peut-être valoir quelques millions aussi et rapporter de l’argent au club. Donc Reims est, je pense, un bon club tremplin.

Finalement, tu parles beaucoup des jeunes depuis le début de notre entretien. Depuis quand as-tu remarqué une évolution dans la formation rémoise ? Vu de l’extérieur, ça semble assez récent…

Je ne sais pas, peut-être que c’est une histoire de politique aussi. Peut-être qu’à un moment donné, les dirigeants ont décidé de miser un peu plus sur la formation. Après, il faut que la formation soit performante (avec la finale de Gambardella, le titre de champion de France U19), il faut aussi que derrière les jeunes assument et prouvent qu’ils ont les capacités d’aller à l’étage supérieur, ce qui est peut-être le cas depuis 2/3 ans et qui l’était peut-être moins les années auparavant.
Il y a des générations des fois où c’est plus compliqué, et il y a des générations dorées où tu as 4/5 joueurs qui sortent. Là, on a Siebatcheu, Aly (Ndom), Kyei, Oudin donc ça fait du monde. C’est bien pour le club, parce que former des joueurs moi je trouve que c’est une politique intéressante, c’est quelque chose que j’aime bien. Lyon le fait très bien, Rennes le faisait très bien à l’époque, ils le font peut-être un petit peu moins bien aujourd’hui. Mais ce sont des équipes qui forment des joueurs et qui les revendent derrière, qui font des plus-values comme va le faire Lyon avec la vente de Lacazette, Tolisso, etc…

L’évolution a été aussi sur le centre de formation, le centre de vie. Tout ça, ça permet aussi d’avoir un cadre de vie, un cadre d’entrainement beaucoup plus professionnel, beaucoup plus encadré en terme d’infrastructures pour les jeunes. Que tout le monde soit réuni au même endroit, ça fait une grosse différence.

Alors maintenant, si tu devais dresser un premier bilan, qu’est-ce que tu retiendrais pour le moment de ton aventure rémoise ? J’imagine que tu dois avoir de très bons souvenirs, comme la montée en Ligue 1 ou encore le parcours en Coupe de France (1/4 de finale contre Nice en 2011, ndlr), mais également certains plus douloureux…

Moi, je ne retiens que des bonnes choses même si tu as toujours des points négatifs dans une carrière, comme ma blessure ou la descente de l’année dernière.
Mais je crois qu’aujourd’hui on est repartis sur de bonnes bases avec un coach d’expérience qui connait le boulot, qui connait le métier. Il nous a apporté énormément de rigueur et de travail au quotidien et je pense que ça se retranscrit aussi sur le terrain, même si on y est allé crescendo cette saison. Il y a eu des moments où ça a été compliqué, où dans le jeu on n’était pas très bon du tout, où c’était pauvre à Delaune. Ça, on était tous unanimes pour le reconnaitre. Mais je crois que depuis quelques semaines, depuis la deuxième mi-temps de Sochaux, il y a un petit déclic qui s’est passé et aujourd’hui on est sur une bonne dynamique.

Aussi, on a récupéré des joueurs d’expérience qui nous font du bien : Antoine Devaux qui revient, Jaba Kankava qui est hors norme. Tout ça réuni, avec l’émergence des jeunes qui se remettent à marquer (Grejohn qui marque, Oudin qui marque, Diego qui remarque des buts) fait qu’aujourd’hui on est une équipe qui fait de nouveau peur et qui, j’espère, à la fin sera dans les 2 premiers pour monter en Ligue 1.

Mais honnêtement je ne peux que remercier le Stade de Reims de m’avoir permis de vivre toutes ces années-là parce que, comme je te le disais auparavant, à un moment donné c’était soit ça passe, soit je rentre à Strasbourg et puis je fais mes études et on part sur autre chose. Reims m’a permis de connaitre la Ligue 1, de faire 100 matchs en Ligue 1, de connaitre une montée. Quand tu fais une montée c’est quelque chose d’exceptionnel ! Les gens le savent de l’extérieur, ils sont content pour leur club, mais à l’intérieur (du groupe) tu crées des liens. Et là on est en train de réitérer ce qu’on a fait il y a 4 ans et j’espère qu’à la fin on y sera, car là on mérite amplement d’y être.

Justement, l’année de la montée c’est toi qui inscrit l’un des buts les plus décisifs de la saison contre Monaco ! Qu’est-ce que tu ressens à ce moment-là ? 

N’importe quoi ! Je ne sais pas où je courais, d’ailleurs on me voit je cherche mes parents, je savais qu’ils étaient dans la tribune donc je les cherchais… J’étais un petit peu perdu, c’est le genre de but que je n’ai pas l’habitude de marquer ! (rires)
Un stade plein, avec l’ambiance et puis l’émotion qui allait avec… Donc un petit peu perdu, mais super content d’avoir pu donner ce deuxième but et surtout, après ça, on était quasiment sûrs de remonter donc c’était un but important.

D’ailleurs, quand vous rentrez aux vestiaires à la fin de ce match, qu’est-ce que vous dit Hubert Fournier ? Puisque vous fêtez une montée qui n’est pas tout à fait acquise encore !

C’était : « Bravo, vous y êtes, vous avez les 9 orteils, il n’en manque plus qu’un ! ». Après, on se déplaçait chez la lanterne rouge Amiens en avant-dernier match… Franchement, on savait qu’on allait y aller. On le savait, même si on faisait genre devant les médias de dire qu’on n’y est pas encore, dans nos têtes on savait qu’on allait y aller parce qu’avec la dynamique dans laquelle on était, on savait qu’à Amiens ça allait passer…

En plus d’Hubert Fournier, tu as connu pas mal d’entraineurs depuis ton arrivée au club. Lequel t’a le plus marqué ? Par contre ne me réponds pas “Michel der Zakarian”, je penserais que tu tiens trop à ta place de titulaire… (rires)

Si je te donnais un aspect négatif et un aspect positif, j’ai envie de te dire, par l’aspect négatif des choses, Vasseur. Après, ça c’est un peu ma réponse personnelle parce que ça ne s’est pas très bien passé avec lui, mais au final les choses étaient ressorties que ça ne venait pas que de moi. A un moment donné, je m’étais posé la question s’il avait vraiment un problème avec moi, mais au bout d’un moment c’est devenu global. D’autres joueurs ont émergé et ont commencé à émettre certaines critiques à son égard. Après, de là, je ne critiquais pas du tout sa manière d’entrainer parce que je pense que c’était quelqu’un de compétent qui avait de bonnes idées. Mais voilà, c’était sa gestion humaine qui n’était pas toujours réglo à mon sens.

Après, tu ne veux pas que je te dise “der Zak’”, mais moi il me marque parce que c’est un personnage tu vois. C’est une personne à part entière, qui te dit les choses quand il doit te les dire : que tu sois capitaine, que tu aies marqué 10 ou 15 buts, que tu aies joué 28 matchs, que tu aies 10 ans de carrière. S’il a un truc à dire il va te le dire sans détour. Moi, c’est une des qualités humaines que j’aime, la franchise. Si tu es franc avec moi, je vais être franc avec toi. Quand je suis bon, il sait me le dire. Quand je suis mauvais, il n’hésite pas à me dézinguer aussi. Ça fait partie du boulot. C’est une personne à part entière qui nous a énormément apporté cette saison.

Et du côté des joueurs ? Est-ce que tu as un coéquipier qui t’a vraiment impressionné ?

Krychowiak, l’année juste avant qu’il s’en aille, fait une saison monstrueuse. On sait très bien que c’est un monstre de travail. C’est quelqu’un qui aime beaucoup bosser, dans sa bulle, qui vient tôt le matin et qui part généralement en dernier, qui prend énormément de temps à son travail. Donc voilà, la saison qu’il fait et la progression de sa carrière est totalement méritée. On savait très bien que c’était un joueur qui allait atterrir dans un grand club. Aujourd’hui, ça ne se passe pas très bien au PSG, mais je ne doute pas en sa capacité à rebondir dans un autre grand club européen.

Après, il y avait Floyd Ayité. C’était vraiment un très très bon joueur mais un peu embêté par les blessures donc toujours sur courant alternatif : il jouait 3/4 matchs, il se blessait 2/3 semaines, il rejouait 3/4 matchs. Donc il n’a pas pu donner, je pense, la plénitude de son talent. Mais quand on voyait aux entrainements sa capacité à éliminer, sa capacité à accélérer… Je pense que c’était l’un des meilleurs que j’aie pu voir au Stade, d’un niveau technique, élimination de joueur, et création du jeu.

Là il y a Jaba aussi, depuis 2/3 semaines… Je le vois jouer, derrière on se frise les moustaches ! On l’envoie courir, on l’envoie récupérer les ballons et puis nous voilà… Sur le match d’Ajaccio, on n’a pas eu grand chose à faire, on a récupéré les miettes. (rires)

Parmi ces joueurs, tu n’as pas cité Aïssa Mandi. Toi qui l’a vu éclore, est-ce que tu as été surpris, en tant que défenseur central, du niveau qu’il a été capable d’avoir à Reims notamment sur ses dernières saisons au club ?

Surpris, un petit peu oui. Surpris, dans le sens où on ne savait pas qu’il allait pouvoir atteindre ce niveau-là. Pour certains tu le sens, tu te dis : « Lui il va aller loin ! ».
Aïssa, quand il est arrivé, il était tout jeune. Je me souviens, on était vachement proche déjà dès le départ. Il est arrivé du centre de formation, rien n’était acquis pour lui et comme Grzegorz, peut-être même plus, tout est passé par le travail. Tout est passé par le travail dans un premier temps, mais on s’est rendu compte qu’au bout d’un certain moment, il avait quand même ce truc-là du joueur qui allait pouvoir passer au dessus, surtout à partir du moment où il est parti à la Coupe du Monde. Et puis même les matchs qu’il a pu fournir après en Ligue 1, à ce moment-là on sentait qu’il allait partir, qu’il allait trouver un autre club et qu’il allait avoir une autre aventure.
Aujourd’hui, il est plutôt pas mal avec le Bétis même s’ils se bataillent un peu pour le maintien. Et puis ça reste quand même le championnat espagnol… Après, je pense qu’à terme, son objectif c’est d’aller encore plus haut. Je le sais parce que ça fait partie d’un de mes meilleurs amis et des belles rencontres que j’ai faites au Stade de Reims donc je lui souhaite tout le meilleur et j’espère qu’il ira encore plus haut.

En  plus de l’éclosion de Mandi, tu as connu pas mal de blessures ces deux dernières saisons. C’était une période un peu plus creuse pour toi, puisque tu n’as respectivement disputé que 13 matchs en 2014-15, et 15 matchs en 2015-16. Comment as-tu vécu cette situation, c’est-à-dire le fait de parfois devoir évoluer sur le banc après avoir été un titulaire indiscutable ?

D’abord, je me blesse au tendon d’Achille à Nice. Derrière je savais qu’il allait falloir du temps, déjà pour retrouver la forme physique. En plus, je suis quelqu’un qui met un peu plus de temps je pense que les autres.
Donc j’ai rejoué mon premier match juste avant la trêve je crois, Vasseur m’avait fait rentrer contre Evian. Il y avait Evian, Rennes et après c’était la trêve. Il m’avait fait rentrer un quart d’heure à la fin.
Derrière ça a été en dent de scie, il y a eu des moments où je me sentais bien physiquement, des moments où j’étais moins bien physiquement, il y a des matchs où je jouais, des matchs où je ne jouais pas.

Et puis après le changement d’entraineur, « Gueg » (Olivier Guégan, ndlr) m’a fait confiance, j’ai enchainé quelques matchs sur la fin où on a su se maintenir.
L’année dernière, c’était beaucoup de galères… C’est impossible à expliquer parce qu’il y a des saisons où il faut se dire : « C’est comme ça malheureusement ». Trois déchirures, des problèmes musculaires, que des pépins, que des problèmes donc forcément quand c’est comme ça c’est dur d’avoir des performances assez régulières. J’ai fait plutôt quelques bons matchs au début de saison, et puis la fin de saison était plutôt catastrophique. Donc voilà, perdre sa place de titulaire était quasiment normal vu mes performances. C’était une saison noire et il fallait passer à autre chose. Tout ce que j’espérais c’était qu’on se maintienne, on l’a presque fait sur la fin. Je me suis dit : « Cette saison on va la mettre de côté, on va faire une bonne préparation pendant la trêve pour être d’attaque ».
C’est ce que j’ai fait même si on est descendus donc aujourd’hui je suis bien, je croise les doigts pour que ça perdure. Pas de pépins physiques, pas de problèmes musculaires donc je suis plutôt content, pourvu que ça dure. Il reste 9 matchs, en espérant que je puisse faire les 9, être performant et qu’à la fin on puisse célébrer la montée en sabrant le champagne.

D’ailleurs, un club qui monte possède souvent dans son effectif des jeunes insouciants, des cadres de vestiaires et des cadres sur le terrain. Mais suite à une descente à l’échelon inférieur, beaucoup de joueurs partent. On l’a vu ici avec le départ de pas moins de 9 joueurs, dont de Préville, Oniangué, N’Gog, Agassa, Mandi, Fofana, Signorino, Placide et l’emblématique Mickaël Tacalfred. Personnellement, qu’est-ce qui t’as motivé à rester ?

La vérité, c’est la venue du coach et son coup de fil assez tôt avant qu’on reprenne. Il m’a appelé, c’est quelque chose qui m’a fait plaisir et qui m’a touché parce que je sortais d’une saison compliquée et au départ je n’étais pas forcément parti pour rester. Mais le fait qu’il m’appelle, qu’il me dise qu’il comptait sur moi et qu’il voulait absolument que je reste, ça m’a convaincu. Tout simplement.
Moi, je ne suis pas quelqu’un qui aime rester sur des fausses notes. Maintenant, j’arrive en fin de contrat et je ne sais pas si je serai encore là l’année prochaine, je ne sais pas ce qu’il va se passer. Mais je ne veux pas rester sur une fausse note. Je voulais absolument rester, faire partie du projet. J’en fait partie, il m’a nommé capitaine donc je me sens investi d’une mission supplémentaire qui est d’essayer de cadrer les jeunes, de familiariser tout le monde avec le fonctionnement du club, les supporters, etc… Avec l’expérience que j’ai et la connaissance du club, tenter d’apporter cette expérience-là. Aujourd’hui, je suis totalement satisfait d’être resté au club.

 

II. La saison actuelle

Désormais, Reims évolue donc en Ligue 2. Toi qui a connu la Ligue 2 version 2011-12 et la Ligue 2 version 2016-17, as-tu remarqué certaines différences d’un point de vue du jeu et du niveau des équipes adverses ?

Les équipes se valent un petit peu plus. J’ai l’impression qu’il y a plus d’équipes qui se mêlent à la course à la montée qu’il y a quelques années, où il y avait toujours 4, 5, 6 équipes. Là, on est 7/8 voire 9/10 équipes ! Si tu fais une bonne série, tu peux te retrouver 2 ou 3ème. Si tu en fais une mauvaise, tu peux te retrouver 8 ou 9ème.
Je pense que le niveau s’est assez homogénéisé même si je pense, sans être prétentieux, que Lens et nous sommes au-dessus, surtout ces derniers temps. On est là, on est les deux premiers ex-aequo avec Brest, même si aujourd’hui ils ont un coup de mou et on ne sait pas comment ils vont réagir.
Après, il y a d’autres équipes derrière qui se mêlent à la bataille avec Nîmes, Amiens, Troyes. Je pense que le championnat va être serré. Chaque équipe a son mot à dire donc comparé à 4/5 ans, c’est beaucoup plus serré.

J’imagine que ton expérience sur le terrain compte beaucoup pour ton entraîneur puisque, pour cette saison, tu as été désigné capitaine. Avoir le brassard, ça change quoi concrètement ? Est-ce que tu vois une différence avec le rôle que tu pouvais tenir la saison dernière ?

L’année dernière, j’avais moins ce rôle de fédérateur et de leader puisque je n’ai fait que 15 matchs. Je passais le plus clair de mon temps dans les salles de musculation à me retaper et à me guérir…
Mais j’aime ce rôle de fédérer un peu tout le monde, de prendre la parole. Après, je ne suis pas le seul ! Il y a en a d’autres qui s’investissent de ça comme Dany Da Cruz, qui me seconde bien aussi dans le vestiaire, qui aime beaucoup parler. Il a connu le National et la Ligue 2, dans des clubs où c’était pas facile donc il a aussi pas mal d’expérience et il sait parler à tout le monde.

Fédérer un groupe est effectivement essentiel. Mais quand on perd un élément comme Gaëtan Charbonnier (blessé au genou en se rompant un ligament croisé, ndlr), quels sont les mots, en tant que capitaine, à lui adresser ?

Qu’est-ce que tu veux lui dire ? Dans ces moments-là, c’est pas facile de trouver les mots pour le réconforter.
En tout cas, j’ai l’impression qu’il prend plutôt bien la chose. Il sait très bien qu’il va nous manquer. C’était l’un de nos leaders techniques en numéro 10, qui savait nous garder les ballons, jouer dos au but donc c’est un élément important qu’on a perdu. Après, lui-même nous a dit qu’il ne fallait pas qu’on soit triste, que ça faisait partie de la vie et de la vie d’un footballeur, qu’il fallait qu’on garde le sourire. Et aussi qu’il comptait sur nous pour qu’à la fin on soit en haut pour lui dédier cette montée, ainsi qu’à Kopa qui nous a quitté aussi, donc ce serait un beau cadeau pour eux.

Il y a une quinzaine de jours, tu as retrouvé Mickaël Tacalfred. Comment se sont passées les retrouvailles ? Il y a eu un sacré duel de capitaines, ça devait être un moment particulier pour toi comme pour lui…

J’étais son vice-capitaine il y a quelques années, quand il ne l’était pas je le devenais ! « Tacal », c’est un ami. Ça fait bizarre de se retrouver l’un en face de l’autre…
Pareil pour Gaëtan (Courtet), j’avais plus Gaëtan dans mon secteur que « Tacal » donc ça fait bizarre. Je n’ai pas l’habitude de jouer contre des amis aussi proches. Des connaissances, c’est arrivé plein de fois mais de jouer contre un ami proche ça fait une sensation un peu bizarre. Surtout, on savait qu’eux luttent pour le maintien, nous on lutte pour notre montée donc c’était un match important. Ils étaient dégoûtés de le perdre, parce qu’ils ont eu la sensation de se faire un peu voler par l’arbitrage. Moi j‘étais heureux pour moi, pour mon équipe, pour mon club, mais forcément un peu dégoûté pour « Tacal » et « Gueguette » qui eux se bagarrent pour essayer de se maintenir. Mais ils ont l’effectif, ils ont l’équipe pour se maintenir donc je ne m’inquiète pas trop pour eux.

Pour le moment, Reims est l’équipe qui a encaissé le moins de buts en Ligue 2. C’est une performance plutôt intéressante puisque vous aviez pris pas mal de buts ces dernières saisons.
Pourtant, en plus de la perte de Tacalfred à l’intersaison, il y a eu de nombreux départs derrière puisque Mandi, Fofana, Signorino sont partis. Comment expliques-tu alors que le Stade de Reims soit aujourd’hui la meilleure défense de Ligue 2, aussi remaniée soit-elle ?

C’est tout simplement dû au collectif. On a un coach qui, dès le début de saison, nous a bassiné sur l’aspect défensif, qui ne nous a pas lâchés avec son 4-4-2. Il nous a cadré sur certaines bases, des bases toutes simples qu’on apprend généralement à la formation mais qu’on avait peut-être oublié sur ces dernières saisons. On a travaillé ça pendant notre stage à Vittel pendant presque un bon mois, on n’a pas lâché et je crois qu’aujourd’hui c’est acquis. Je trouve qu’on a un bloc beaucoup plus resserré, beaucoup plus compact. On laisse moins d’espace, moins de distance entre nous. Donc forcément quand t’as moins de distance, il y a moins d’espace, tu récupères plus de ballons et tu fais moins d’efforts.

Aussi, il y a l’arrivée de certains joueurs qui nous font du bien : Julian Jeanvier qui fait une grosse saison, a été blessé un peu mais il est énorme et il nous apporte beaucoup. Il a remplacé Aïssa, de toute manière il a repris le même numéro que lui (rires) et il le remplace à merveille. Je pense que lui aussi, c’est quelqu’un qui, à terme, va pouvoir évoluer et atteindre un autre niveau.
Et quand tu as Jaba Kankava, quand tu joues avec Pablo Chavarria, d’origine latine, ça se bagarre ! A partir du moment où tu as 11 chiens sur le terrain qui tendent vers un même objectif, forcément tu es plus solide, tu prends moins de but, tu concèdes moins d’occasions. L’explication elle est là, elle est toute simple.

Ça veut donc dire qu’auparavant, il n’y avait pas 11 chiens sur le terrain ?

Je pense qu’à un moment donné, c’est un peu ce qu’on a perdu. Comme je te l’ai dit des fois quand ça va mal, tu as des états d’âmes de certains, les efforts sont un peu moins fait, ce sont des choses qui peuvent arriver. Après, on était plein de bonne volonté, on avait envie de gagner les matchs ! Mais tu ne sais pas pourquoi, ça ne marche pas. Alors je ne pointe personne hein, je ne dis pas que lui en particulier n’avait pas fait les efforts, mais peut-être moins ensemble, avec peut-être un peu moins de cohésion. Ça fait que tu concèdes des buts, et mentalement t’es moins bien parce que t’es dans une spirale négative. Et quand tu ne sais pas réagir, c’est compliqué. Peut-être que l’environnement où l’on était n’était pas bien, dans le groupe ça se passait peut-être moins bien, la cohésion avec le coach ne se passait pas trop bien… Voilà, il y a plein de petits trucs qui font que, quand tu es dans une spirale négative où tout va mal, tu n’arrives pas à trouver la solution. Pourtant on a essayé, des discussions, des discussions, de parler même entre nous. Ça marche pas, ça marche pas. (il insiste)
Les joueurs, on les avait pour se maintenir. La qualité on l’avait. Je pense que sur les 3 derniers matchs, ce qu’on avait proposé après, c’est plutôt intéressant.

Malheureusement, on était tous attristés de redescendre en Ligue 2, mais après, il vaut mieux reculer pour mieux sauter. Comme tu le disais, on a perdu 9 joueurs. Ça a été renouvelé par d’autres joueurs, avec l’émergence de certains jeunes. Des fois, il faut repartir sur un nouveau cycle avec une nouvelle dynamique, et c’est peut-être le cas aujourd’hui.

Parmi les joueurs que tu as cité auparavant, il y a donc Julian Jeanvier qui est arrivé cet été au club. Ce qui impressionne vu des tribunes, c’est la solidité de la charnière centrale que tu formes avec lui ! Pour moi, vous êtes assez complémentaires : l’un est un peu plus dans l’anticipation et les duels, l’autre va être plutôt dans la couverture. Peux-tu nous expliquer la relation que tu entretiens avec lui, sur comme en dehors du terrain ?

En dehors, on est potes. On ne se connait que depuis le début de saison, mais c’est quelqu’un qui s’est intégré facilement. Même sur le terrain, on a été vite complémentaires sans vraiment parler ou se voir à dire : « Il faut que tu fasses ci, faut que tu fasses ça ». On s’entend bien, on est tout le temps en couverture mutuelle. Ça se passe très bien avec lui, il n’y a pas de soucis. On est archi-complémentaires donc pourvu que ça dure.
Lui il est très costaud, solide, avec de la vitesse. Il a une qualité de relance aussi qui est très intéressante donc je pense que c’est un joueur complet. Moi derrière, je suis dans l’anticipation. Je dirais que c’est plus moi qui anticipe, lui je l’envoie à la bagarre, je l’envoie dans le duel et je récupère les miettes derrière. (rires)

C’est quelqu’un qui a envie, qui a envie d’aller en Ligue 1, qui a envie de reconnaitre la Ligue 1 parce qu’il est passé aussi par des moments compliqués à Lille. Il a d’ailleurs dû aller au Red Star l’année dernière. Là il veut remonter. C’est quelqu’un qui a les capacités et largement le niveau pour jouer en Ligue 1. Lui c’est sûr qu’il a la dalle, comme tout ceux qui nous ont rejoints, mais lui il le fait bien ressentir !

Alors vous avez la dalle, et aujourd’hui il reste moins de 10 matchs avant la fin du championnat. Comment le groupe aborde-t-il cette dernière ligne droite ? Parce qu’on y est, dans deux mois et demi on saura si vous avez atteint votre objectif ou non !

On est confiants et sereins. Je pense que les derniers matchs nous ont donné énormément de confiance. On travaille dans la sérénité, un peu plus que d’habitude. On sait que les matchs il faut les gagner. Le destin est entre nos mains donc il n’y a pas à chipoter : on reçoit Lens (depuis cet entretien, le match a été perdu 2 buts à 0), on va recevoir Strasbourg, Nîmes, et Amiens la dernière journée. J’espère que ce sera réglé avant la fin, ce serait cool !
Mais ce qui se dégage depuis quelques temps, c’est une confiance mutuelle. On sent cette force peut-être qu’on sentait un peu moins avant, parce que les résultats étaient un peu moins présents et la qualité de nos matchs un peu moins bonne que ce que l’on a fait récemment.

On a les dents longues, on veut être premiers. Je crois qu’on a envie d’être premiers. Si on finit 2ème, on finira 2ème. Mais nous on ressent cette envie d’aller chercher cette première place, et de montrer que tout ce qu’on a dit depuis le début de saison c’était pas des sornettes, et que les patrons se sont vraiment nous. On aura nos matchs à Delaune, à nous de prouver que les patrons ce sont vraiment nous. On a envie de taper tout le monde et de montrer que le Stade de Reims est le patron en Ligue 2. Pour ça, il n’y a que les 90 minutes du week-end qui sont véridiques. Parler c’est gentil, prouver c’est mieux.

 

III. Son futur

Pour savoir si le Stade de Reims monte en Ligue 1, il faudra attendre mai 2017. Mais sur un plan plus personnel, un mois plus tard  tu seras en fin de contrat et tu n’as toujours pas prolongé. Qu’en est-il de ton avenir en Champagne ? 

Concrètement, je ne sais pas. Tous les gens me posent la question mais je ne sais pas, je ne sais pas du tout… Je ne sais pas du tout si je serai rémois l’année prochaine.
Il y aura certainement une discussion avec les dirigeants. Moi, la porte est ouverte. Je ne suis pas catégorique à dire : « Je veux partir ou quoique ce soit ».
Tu parlais de Nicolas Seube ou Loïc Perrin, moi c’est un peu la trajectoire de carrière que j’apprécie, à savoir m’installer dans la stabilité d’un club puisque ça fait 7 ans que je suis là. Après, j’ai certaines exigences d’un point de vue contractuel donc il va falloir qu’on s’assied autour d’une table une fois que le contrat sera rempli, et puis on discutera tranquillement.

Je ne voudrais pas te pousser vers la sortie, mais à 29 ans, ce serait peut-être l’occasion pour toi de démarrer un nouveau et, très certainement, dernier cycle non ? Si tu repars pour 7 ans, ça te fera 36 ans donc tu seras plus proche de la fin que du début ! (rires)

Ça c’est clair ! (rires)
Le nouveau cycle il peut être ailleurs, il peut être ici. En tout cas, je sais déjà ce que je veux faire après ma carrière (entrainer des jeunes, ndlr) donc c’est sûr que dans certaines négociations de contrat, si j’arrive à intégrer ce facteur-là, ça peut faire pencher la balance pour un club ou pour un autre. Même si j’estime que j’ai encore quelques années à jouer ! Je ne sais pas si j’arrêterai à 33, 34, 35 ans. Je ne sais pas comment mon corps réagira, je ne sais pas mentalement si j’aurai toujours l’envie de me lever tous les matins pour aller m’entrainer. Ça, ce sont toujours des paramètres qui sont assez aléatoires donc on verra. Je me donne encore quelques années, j’ai encore envie de jouer ça c’est sûr.

Après, est-ce que ce sera au Stade de Reims ou ailleurs, la décision je la prendrai à la fin. Maintenant, comme je le disais aux dirigeants, je ne me concentre que sur la fin de saison. J’ai été approché par les dirigeants, on ne s’est pas entendus sur les premières négociations. L’objectif est de remonter en Ligue 1, donc une fois qu’on sera remontés, on se reverra et on aura le temps de se parler et de voir.
Je ne sais pas ce que les dirigeants veulent non plus de moi, je ne sais pas s’ils comptent sur moi sur 1 ou 2 ans, ou sur les 3 ou 4 prochaines années donc il faut voir tout ça en temps voulu.

Certains joueurs connaissent une trajectoire de carrière bien particulière : ils reviennent dans leur club formateur pour “boucler la boucle”. Retourner à Strasbourg, c’est une option envisageable pour toi ?

Tout est possible. Après, moi je me sens bien ici. Reims est devenu ma ville, je suis tout le temps là. Avant je rentrais beaucoup à Strasbourg. Là je suis marié avec une rémoise, mes amis sont là, ma belle-famille est là aussi donc je suis un peu moins à Strasbourg. Voilà, je n’ai jamais caché mon attachement pour le club, pour la ville, pour tout ce que ça m’a apporté.
Après, est-ce qu’on va s’entendre sur une prochaine aventure ? Ça reste encore à voir. Mais rien n’est à exclure, toutes les portes sont ouvertes, je n’ai pas fait mon choix, je ne sais pas ce que je veux, je ne sais pas ce dont j’ai envie. C’est vrai que monter en Ligue 1 et partir derrière, ça me ferait peut-être c***r de ne pas revivre une aventure en Ligue 1 avec le club… Mais pour ça on verra à la fin, on verra tout ça à la fin.

Pour finir, souhaites-tu adresser un message aux nombreux supporters rémois qui te suivent depuis toutes ces années ?

Pour tout ce que j’ai vécu, merci ! Tout simplement merci. Je suis reconnaissant de tout ce que le club et les gens ont pu m’apporter. Je leur serai à jamais reconnaissant parce qu’on est venu chercher un petit gamin de 22 ans qui sortait de Strasbourg, qui n’avait pas ou peu connu la Ligue 2. On est venu me chercher, on m’a fait confiance et on m’a fait grandir. Donc déjà, pour tout ça, merci !

Et si j’ai un message à leur faire passer sur les derniers matchs, venez nombreux ! Venez nombreux, venez donner de la voix. Pour nous c’est très important aussi d’avoir le soutien de nos supporters à Delaune.



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